14 juin 2014 ~ 0 Commentaire

Lutte contre la pollution automobile : l’Algérie à la traîne

pollution

in TSA- le 14 juin 2014 à 14 h 11 min – Zineb A. Maiche.

 L’Algérie tarde à se doter de normes pour réduire la pollution automobile. Tandis qu’en Europe, des pays durcissent davantage les mesures antipollution et s’apprêtent à mettre en place la norme euro 6 dès le dernier trimestre 2014 pour les voitures, l’Algérie s’est arrêtée aux normes euro 2 pour les véhicules utilitaires et euro 3 pour les véhicules particuliers. Ces normes d’émission européenne appliquées sur les véhicules automobiles neufs fixent  la limite maximale de rejets de polluants par des véhicules roulants. Ainsi, la norme euro 2 implique que les véhicules vendus ne doivent pas émettre plus de 1 000 milligrammes au kilomètre de monoxyde de carbone lorsqu’il est alimenté au diesel. S’il s’agit d’un moteur essence, la valeur autorisée d’émission de monoxyde de carbone passe à 2 200 milligrammes le kilomètre.

D’autres polluants sont pris en compte pour établir la norme et il apparait que les véhicules sous la norme euro 2, comme les véhicules commercialisés en Algérie, tolèrent jusqu’à 500 mg d’émission de soufre lorsqu’il s’agit d’un véhicule essence. Et jusqu’à 0,013g au litre d’essence pour le plomb. Les véhicules circulant en Europe, sous la norme euro 4 pour la plupart, n’émettent pas plus de 50mg de soufre au kilogramme et 0,005g de plomb. « Le gasoil algérien est très riche en souffre et l’Algérie fait partie des pays où les rejets de souffre dans l’atmosphère sont très importants », explique un concessionnaire.

Résultat : les constructeurs refusent d’envoyer en Algérie des véhicules dotés de moteurs peu polluants dotés de filtres à particules.

L’impact sur la santé et l’environnement

Les véhicules commercialisés en Algérie se situent donc entre la norme euro 2 et euro 3, « bien qu’il soit très difficile de l’affirmer », invoque M. Yahiaoui Nacim, membre de l’Association de protection et d’orientation du consommateur et son environnement de la wilaya d’Alger (Apoce). « Il n’existe pas à ce jour d’organismes en Algérie susceptibles de pouvoir vérifier le taux de  pollution émis par les véhicules importés. Cela exige une technicité assez fine. Il y a des projets de création de ce type d’organisme mais pour l’heure, il n’existe pas », explique M. Yahiaoui. Ce qui induit qu’aujourd’hui, des véhicules circulent sur le territoire national alors qu’ils ne répondent à aucune norme, ni la euro 2 ni la euro 3. « Ce type de normes dépend des constructeurs de véhicules et même des modèles », rappelle-t-il. L’Apoce a tiré la sonnette d’alarme à de nombreuses reprises, sans résultat.

Le marché algérien des véhicules reste totalement ouvert et permet à n’importe quel constructeur de vendre n’importe quel véhicule. Pourtant la pollution atmosphérique cause de nombreuses maladies comme l’asthme ou encore le cancer provoqué par l’inhalation de particules rejetés par les moteurs diesel.

Pourquoi l’Algérie n’encourage pas l’utilisation des carburants propres ?

carburant

Chems Eddine Chitour est professeur de thermodynamique à l’École nationale polytechnique d’Alger. Il est  ingénieur en génie chimique, docteur es-Sciences de l’Université Jean Monnet de Saint-Étienne (France). Le professeur Chitour est auteur d’une centaine de publications et de communications scientifiques et de plusieurs ouvrages sur l’énergie et les enjeux géostratégiques.

Quelle est notre consommation de gasoil ?

L’Algérie a une capacité de raffinage de près de 22 millions de tonnes. Elle produit du gasoil, mais pas en quantité suffisante. L’année dernière, nous avons consommé près de 13 millions de tonnes de carburant dont 8,5 millions de gasoil. 70 % de notre parc de véhicules et de camions est alimenté en gasoil et à peine 30 % en essence. Moins de 1 % du parc est alimenté en sirghaz. Nous n’avons pas les quantités nécessaires pour ces 70 %. Du coup, nous en amenons de l’étranger. L’année dernière, nous avons acheté pour 3 millions et demi de dollars à la fois d’essence et de gasoil (pour moitié moitié). Cette importation n’est pas entièrement utilisée par l’Algérie. Une grande partie traverse les frontières pour une consommation marocaine et tunisienne. Cela vient du fait que notre gasoil est à 13 dinars et que chez les voisins il est à 80 dinars le litre. Nous achetons le gasoil à un dollar le litre et nous le vendons à 13 dinars, c’est  à dire 6 fois moins cher.

Quel est l’avantage du sirghaz (GPL) ?

Le sirghaz n’est qu’à neuf dinars le litre. Tout le monde va vers le gasoil car la différence est à peine de 4 dinars, le sirghaz n’est donc pas attractif. Le gasoil coûte environ 1 dollar sur le marché international, et nous l’achetons à ce prix. Nous faisons donc en quelque sorte du dumping puisque nous le vendons presque gratuitement. Mais ce qui est grave, c’est que nous achetons du même coup la maladie.

Pourquoi ?

Le gasoil est un carburant très dangereux. Il est de plus en plus limité en France et en Europe. En fait, la quantité de particules qui sont très nocives est réduite à des quantités de l’ordre de partie par million. Ainsi, notre gasoil est à moins de 10 PPM, moins de 10 parties par millions, actuellement en Europe ils  sont à 5 PPM. Il a été démontré que le gasoil est cancérigène. Il y a des directives
européennes qui disent qu’il faut l’éliminer graduellement. Il existe une stratégie en Europe qui consiste à limiter la quantité de gasoil au profit des biocarburants et de l’essence. Entre deux maux, il faut choisir le moindre, c’est-à-dire qu’en terme de nuisance pour l’environnement et de nuisance pour la santé. Il vaut mieux opter pour l’essence. En clair, nous faisons tout faux parce que nous importons une maladie et ce qui est grave c’est que cela se fait pour des sommes de plus en plus importantes. Une ville comme Tlemcen consomme 4 fois plus de carburants qu’elle ne le devrait. Il faut savoir que 25 % du budget de carburants de la Tunisie vient d’Algérie. C’est la banque mondiale qui le dit. Nous avons bon cœur mais cela nous coûte de plus en plus cher.

Que faut-il faire ?

Tant qu’il n’y a pas de législation mettant de l’ordre dans les prix, cela va empirer. Il n’est pas normal que le sirghaz, que nous avons en quantité et que nous n’arrivons pas à placer sur le marché international, ne soit pas utilisé. Il est anormal qu’on ne puisse pas installer des kits dans les véhicules pour le sirghaz. Vous imaginez le gisement d’emploi pour les jeunes ! Le sirghaz est l’un  des carburants avec 3 à 4 fois moins de rejet de carbone. Il est beaucoup moins polluant, beaucoup plus disponible. C’est un carburant propre.

Comment se fait-il que les pouvoirs politiques n’encouragent pas le sirghaz ?

J’avais écrit un article « L’énergie expliquée à nos députés ». Ça n’a rien de méchant. Mais c’est juste pour dire quels sont  les enjeux et insister sur le fait qu’on ne peut pas continuer comme ça. Les pouvoirs politiques se tournent vers le gaz de schiste, mais ce n’est pas la solution. Il faut faire des états généraux de l’énergie et arriver à un modèle énergétique. Il faut mettre de l’ordre. Le gaz de
schiste aura son heure quand la technologie sera mature, que son extraction sera respectueuse de l’environnement et que le Sahara ne sera pas démolie en confiant notre avenir à Total qui n’est pas autorisé à explorer le gaz de schiste en France, dans son pays. J’appelle à un débat dans le calme et la sérénité. Il faut faire des économies d’énergies. On ne peut pas continuer avec un kilowattheure à 2 dinars, ni avec un mètre cube d’eau à 5 dinars et on ne peut pas continuer avec un litre d’essence à 22 dinars, c’est-à-dire 8 fois moins qu’en Europe.

Quels sont les avantages du GPL ?

D’abord, nous en avons à profusion. Nous avons des réserves importantes mais nous n’arrivons pas à les vendre au bon prix. Donc ; nous les stockons ici. Du point de vue de l’environnement, c’est le must. C’est trois fois moins de pollution que l’essence. Il n’y a pas de particules comme dans le gasoil et ce sont les particules qui provoquent les cancers. Dans les rues du Caire, tous les bus fonctionnent au GNL, c’est du gaz naturel liquéfié et c’est une autre possibilité pour nous. Et nous n’avons que ça mais nous ne l’utilisons pas à cette fin, nous le vendons.

 

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